Les demandeurs d’asile, qu’est-ce que c’est?
Il est beaucoup question dans l’actualité des demandeurs d’asile. Certaines personnes trouvent qu’ils abusent du système. Des politiciens veulent leur couper certains services, comme les garderies payées par le gouvernement. Mais les demandeurs d’asile, c’est qui, au juste? La journaliste Sarah R. Champagne, qui couvre l’immigration au journal Le Devoir, répond à toutes nos questions!
Sarah R. Champagne est journaliste au Devoir
Sarah, c'est quoi, un demandeur d'asile?
C'est une personne qui, en arrivant au Canada, demande une protection parce qu'elle est menacée dans son pays d'origine, par exemple à cause de sa religion ou de ses opinions politiques. Si le Canada accepte, elle deviendra un réfugié, mais en attendant la réponse, c’est un demandeur d'asile.
D'où viennent les demandeurs d’asile?
En ce moment, au Québec, ils viennent surtout d’Haïti, du Nigeria, du Ghana, de l'Algérie et de la Guinée. Mais il y en a vraiment de partout. Si un pays entre en guerre ou se retrouve sous un gouvernement très autoritaire, il se peut qu’il y ait plus de gens qui le fuient pour venir s'installer au Canada.
Tu as rencontré des demandeurs d’asile. Quelle est leur histoire?
Récemment, j'ai rencontré un Camerounais qui avait demandé la protection du Canada parce qu'il est homosexuel. C'est interdit au Cameroun! Il avait été jeté en prison et même torturé parce qu’il voulait être en couple avec un homme.
J'ai aussi rencontré une Iranienne qui avait participé aux grandes manifestations pour les droits des femmes en Iran. Elle avait ensuite reçu des textos très menaçants pour elle et sa famille.
Est-ce qu'il y a des enfants demandeurs d'asile?
Oui, environ 20% des demandeurs d’asile sont des enfants. La plupart arrivent avec leurs parents. Mais il y a de plus en plus de mineurs qui arrivent au Québec sans être accompagnés. En 2024, ils étaient environ 200. Ce ne sont pas des tout-petits, ils ont 16, 17 ans. Ils proviennent surtout d'Haïti, de l'Inde ou du Congo.
Sarah recommande le documentaire Seuls, à propos des enfants qui arrivent sans leurs parents au Canada. Tu peux voir la bande-annonce de ce film ici!
Est-ce que tout est gratuit pour eux quand ils arrivent au Québec?
Si quelqu'un n'a nulle part où aller, il sera hébergé pendant quelques semaines, dans un refuge ou à l’hôtel. Les demandeurs d’asile ont aussi accès aux soins de santé, à l’école gratuite pour les enfants, et à l’aide juridique, pour qu’un avocat les aide dans leurs démarches.
Ils peuvent aussi obtenir l'aide sociale, qui est un chèque minimal donné par le gouvernement pour payer le loyer et acheter un peu de nourriture. Fait intéressant: les demandeurs d'asile restent 10 fois moins longtemps sur l’aide sociale que les autres bénéficiaires. Ça dure souvent un peu moins d'un an, et c’est en attendant de trouver un emploi.
Le politicien de la CAQ Bernard Drainville dit que le Québec paye trop pour les demandeurs d'asile. Tu en penses quoi?
Comme journaliste, ce n’est pas mon rôle de donner mon opinion. Ce que je trouve quand même important de rappeler, c'est que les demandeurs d'asile ne sont pas juste des fardeaux pour la société. Plus de 70% d’entre eux ont un permis de travail. Ce sont des gens qui vont occuper un emploi, payer des impôts comme les autres résidents du Québec… et ces impôts financent des services en retour.
De plus, le gouvernement du Québec reçoit des milliards de dollars du Canada pour rembourser les dépenses liées aux demandeurs d’asile.
Gardons aussi en tête que même si on entend souvent qu’on accueille beaucoup de demandeurs d'asile, ce n'est pas tout à fait vrai. Ce n’est qu’une infime partie des déplacés dans le monde. En 2025, le Canada a reçu un peu plus de 100 000 demandes d'asile, alors qu'il y avait plus que 100 millions de nouveaux réfugiés dans le monde.
Quelle serait ta solution si tu étais ministre de l'Immigration?
Je reconnais que c'est très difficile d'être au pouvoir, et je n’ai pas de baguette magique. Mais je trouve qu’énormément d'attention a été mis sur les demandeurs d'asile… sans qu’on les entende, eux. Ceux que je rencontre sont généralement un peu gênés, ils ne veulent pas avoir l'air ingrat envers le gouvernement. Ils sont en général très contents d'être ici et volontaires pour contribuer à notre société.
Et toi, as-tu des idées de solutions? Devrait-on accueillir plus ou moins de demandeurs d’asile à ton avis?
