Enquête sur Décathlon: Quand le journalisme change les choses!
Hier, tu as pu lire mon entrevue avec le journaliste français Pierre Leibovici. Il a publié une enquête-choc, montrant qu’il y a eu de mauvaises conditions de travail dans certaines usines d’Asie qui ont fabriqué les produits de Décathlon. Aujourd’hui, je te présente la suite de cette histoire: Pierre m’explique quel impact ces reportages ont eu. Parce que le journalisme, ça fait changer les choses!
Pierre, est-ce que Décathlon a répondu à votre reportage?
Oui, mais avant qu’on publie. Quand on est journaliste, on doit toujours donner un droit de réponse aux entreprises sur qui on va écrire. En tout, j’ai posé à Décathlon plus de 90 questions!
Est-ce que votre reportage a poussé Décathlon à changer ses pratiques?
Décathlon n’a pas réagi publiquement à nos enquêtes. Par contre, on sait que quatre jours après nos révélations, l’entreprise a engagé des vérificateurs pour effectuer des visites dans toutes les usines dont je vous ai parlé. Ça a permis de trouver des situations qui ne respectaient pas sa politique de droits humains, et d’améliorer les conditions de certains ouvriers.
Donc, l’entreprise n’a pas dit à la population: «On a fait une erreur, on va renforcer les contrôles», mais il s’agit quand même d’un impact important pour les travailleurs.
Comme jeune, comment est-ce qu’on peut s’assurer que les produits qu’on achète ont été fabriqués dans de bonnes conditions?
On peut demander au vendeur ou à la vendeuse s’ils savent dans quelles conditions un produit a été fabriqué. Je ne pense pas qu’ils auront la réponse. Mais cette personne pourra dire à ses patrons que les clients, même les enfants et les ados, se soucient du travail forcé, de la sécurité des ouvriers. Je pense que, si plusieurs clients le font, ça met de la pression pour que les entreprises nous donnent ces informations plus clairement! Je rêverais d'un magasin Decathlon où, à côté de ma paire de chaussures, il y aurait un petit graphique indiquant où va l’argent qu’on paye. Quelle partie du prix va à l’ouvrier? À la publicité? Au transport?
Et puis, si un jour on se dit qu'on a vraiment envie de poser beaucoup plus de questions, peut-être qu'on deviendra journaliste!
Un grand prix pour Pierre!
En avril, Pierre a reçu le Premier prix des Fetisov Journalism Awards, un prix de journalisme international donné au reportage qui a le plus contribué aux droits des citoyens.
«C’est la première fois que je reçois un prix! Ça m’encourage à continuer à enquêter sur les multinationales, sur des entreprises qui sont populaires et qui ont beaucoup de poids dans nos vies», m’a-t-il confié!
Et toi, as-tu déjà cherché la provenance d’un produit que tu as acheté? Faisons le test! Peux-tu me dire où les chaussures que tu portes en ce moment ont été fabriquées? Où as-tu trouvé l’info?
