Le directeur d’école qui a sauvé ses 1600 élèves
Frédérick Lavoie, journaliste et auteur, aime fusionner journalisme et littérature. Laisse-le te raconter un véritable récit à la manière d’un conte. Parfois, la réalité surpasse l'imaginaire!
Il est une fois à notre époque une belle école secondaire nichée dans une vallée majestueuse traversée par une rivière.
À 9 heures, en ce mercredi matin du mois d’août, 900 élèves sont en classe en train d’écouter leur professeur. Environ 700 autres sont toujours dans les autobus qui les transportent chaque jour de leur village jusqu’à l’école par des routes abruptes en zigzag.
Soudain, vers 9h10, monsieur Rajendra, le directeur de l’école, reçoit quatre appels inquiétants sur son téléphone. Tous le préviennent du même danger: pour une raison encore inconnue, une grande et puissante masse d’eau est en train de déferler sur la vallée! À ce rythme, elle devrait atteindre l’école très bientôt!
Est-ce que ces gens exagèrent le danger? se demande monsieur Rajendra. Après tout, l’école est située à 60 mètres au-dessus du niveau de la rivière. Il faudrait VRAIMENT beaucoup d’eau pour que cette crue soudaine la menace…
Voici l’école secondaire Tribhuvan Trishuli, avant la catastrophe.
Dans le doute, Rajendra préfère ne pas prendre de risque. Si c’est une fausse alerte, ce sera simplement une petite journée d’étude perdue. Plutôt que d’attendre la fin de la période à 9h30, il sonne immédiatement la cloche et annonce l’évacuation de l’école. Il appelle également les chauffeurs d’autobus pour qu’ils rebroussent chemin.
Beaucoup d’élèves ne prennent toutefois pas la menace au sérieux. Ils flânent, attendent leurs amis retardataires. Rajendra et les autres enseignants les poussent à se dépêcher. Il faut vite aller se réfugier plus haut dans la vallée, juste au cas!
Alors qu’ils commencent leur ascension, les élèves et leurs professeurs voient l’eau de la rivière Trishuli qui monte de plus en plus. La menace semble bien réelle. Tout le monde accélère le pas.
Et soudain, arrive la grande vague. Sous les yeux ahuris des élèves et de leurs professeurs, le grand mur d’eau, de boue et de débris avale tout sur son passage: les ponts, les marchés, les maisons,les édifices… et leur école.
Il ne reste plus rien.
Heureusement, avant l’arrivée de la vague, tous les élèves et les professeurs ont réussi à monter juste assez haut dans les montagnes pour être épargnés! Quelques mètres à peine au-dessus du désastre.
Tous, sauf Santoshi, la nouvelle enseignante d’histoire sociale, qui était retournée dans son petit appartement sur le bord de la rivière pour déjeuner après avoir donné son premier cours. Et Sultan, le concierge, qui s’était chargé d’aller verrouiller les portes de l’école…
Après avoir échappé de justesse à la catastrophe, les élèves et les professeurs ne sont toutefois pas au bout de leurs peines. La vallée est dévastée. De nombreuses routes ont été coupées. Plusieurs élèves ne peuvent pas rentrer à la maison. Ils doivent donc passer deux nuits dans un village avant de finalement pouvoir retrouver leur famille.
Depuis le sauvetage, monsieur Rajendra est salué comme un héros partout à travers la vallée, son pays et même dans le monde. Les élèves et leurs parents lui sont extrêmement reconnaissants.
Mais le directeur est aussi très triste. Car il a perdu deux de ses collègues, et son école bien-aimée, où il a lui-même étudié quand il était adolescent.
Monsieur Rajendra a maintenant une nouvelle mission: il veut reconstruire au plus vite l’école, pour que les élèves puissent revenir au plus tôt en classe. Et il sait déjà que ce nouveau bâtiment devra être situé encore plus en hauteur, et encore plus loin de la rivière.
Cette histoire est bien vraie! Le matin du 26 août, un glissement de terrain dans les hautes montagnes à la frontière entre le Népal et le Tibet (en Chine) a entraîné avec lui une partie d’un glacier. La catastrophe a provoqué une énorme vague composée d’eau, de boue et de débris de roche qui a englouti de nombreux villages au Népal. Le directeur de l’école secondaire Tribhuvan Trishuli, Rajendra Dawadi, a réagi juste à temps pour sauver ses élèves. Mais plus de 900 personnes ont perdu la vie dans la région, et 5000 sont toujours portées disparues. Au moins 69 écoles ont été détruites, ce qui veut dire que près de 19 000 élèves n’ont plus d’endroit où poursuivre leurs études…
Dis-moi, qui est un héros ou une héroïne à ton école, et pourquoi?
Sources: BBC, Associated Press, India Today.
